Texte 3 : Molière, Dom Juan : acte V scènes 5 et 6

Un peu de vocabulaire :

Cette pièce a été représentée pour la première fois en 1665.

Situation de cet extrait :

Molière n'a pas inventé le personnage de Dom Juan, il l'a emprunté à la littérature espagnole et il a repris ce thème dans cette pièce en le développant. Cette pièce a été très contestée à l'époque : Dom Juan est un noble (Dom = seigneur), il se dit athée et professe des idées matérialistes, de plus, c'est un amateur de femmes, il aime bien en changer régulièrement, il se moque de toute morale ; Il présente un personnage relativement positif malgré ses deux défauts majeurs : l'athéisme et le matérialisme, la pièce est assez ambigu et Molière ne prend pas vraiment parti ; Contrairement à son maître, Sganarelle défend la religion, c'est pourquoi il est ridiculisé comme il ne tient pas la route face à Dom Juan ; Molière tracait d'un grand seigneur un portrait de voleurs de femmes. A travers cette pièce, les nobles se sont sentis mis en cause. Cette pièce a servi de support au Don Jiovanni de Mozart, et ce personnage revient encore chez Baudelaire. Dom Juan veut être pleinement lui-même.

Nous sommes à la fin de la pièce. (C'est une comédie.) Dom Juan a été invité à diner par la statue du commandeur, qui a été tué par Dom Juan lors d'un duel. On voit bien qu'il décide d'aller jusqu'au bout, d'aller au devant de son destin, la pièce se termine par sa mort en direct.

Nous nous interrogerons tout d'abord sur ce qui fait le climat de fatalité du texte puis nous étudierons Dom Juan face à son destin.

I - Qu'est ce qui fait le climat de fatalité de ce texte ?

Dom Juan est retenu à cause de sa personne mais aussi par la statue qui emploie l'impératif : "Arrêtez", "Donnez-moi". Il ne peut donc pas s'échapper. Dieu lui envoie la sentence qu'il mérite.

La femme voilée symbolise le deuil, la mort et a quelquechose de mystérieux, de caché. Elle est comme le messager du ciel. On sait que le destin est donc prêt de s'accomplir à moins qu'il ne se repente, le dénouement et le châtiment sont imminents.
Le spectre est une allégorie du Temps ou de la mort : "représente le Temps avec sa faux à la main". Il représente ce destin, qui est là devant Dom Juan. Ce spectre est invulnérable : "le spectre s'envole" et mystérieux, indéfinissable : "spectre, fantôme ou diable".
La statue est comme un bourreau : c'est elle qui l'a invité et elle lui prend la main puis l'entraîne. Le sous-titre de cette pièce est le Festin de pierre et le mets de ce festin, c'est lui. La statue est une figure du destin. Les choses sont jouées maintenant : le conditionnel n'est plus utilisé. La statue est un messager du ciel, ceci a été reproché à Voltaire.
Le tonnerre qui tombe symbolise toute la puissance du destin, de la fatalité, Dom Juan est réduit à néant.

II - La détermination, le défi de Dom Juan

Il affronte son destin debout. Sganarelle sert à l'amener à se définir encore plus et crée un contraste avec son obstination. Sganarelle est effrayé par son destin. Le verbe "ose" montre bien qu'il se sent supérieur. Il estime que c'est une audace de parler au messager du Ciel, il a même une espèce de familiarité, il se sent de plein pied avec son destin. Il refuse la dominance de son destin : "non, non", "rien n'est capable de m'imprimer", "il ne sera pas dit (...) que je sois capable de me repentir". C'est donc quelqu'un qui est incrédule, il ne croit pas a(ux) Dieu(s), c'est son affirmation matérialiste qui est exprimée par ces expressions. "repentir" fait parti du vocabulaire moral, voire religieux et le terme "miséricorde" connotte la pitié, la grâce. Il refuse la grâce de Dieu parce qu'il nie son existence. Il lance un défi, mêlé de curiosités : "Je veux voir", "Je veux éprouver". Il veut du concret et veut expérimenter, il ne se laisse pas démonté. Sganarelle en est effrayé : on le remarque à ses "Ah !" et à ses "Oh !".

Dom Juan est de plus en plus acculé par ses adversiares, pour s'en sortir, il feind cette conversation, il va avec son père, il joue avec Dieu et la religion qu'il fait semblant de croire. Son défit manifeste la liberté qu'il prend face à son destin. C'est dans cette logique qu'il faut comprendre cette scène. Dom Juan est un homme d'honneur, celà montre sa détermination et qu'il ne peut pas reculer, il décide d'accomplir ses actes jusqu'au bout. Il continue à avancer, il ne tient pas compte de ce qu'on lui dit. La statue provoque de la terreur chez Sganarelle et du mystère pour Dom Juan qui ne croît pas au spectre. Il persiste dans la ligne qu'il a choisi. Il devine qu'il arrive à son heure de vérité même si il ne sait pas quelle forme elle va prendre. Dom Juan est à la poursuite de son destin en quelque sorte : "Oui", "Où faut-il aller ?", il se met en face avec le destin, il est resté debout jusqu'au bout.

Conclusion :

D'une part, Sganarelle donne une accumulation de méfaits de Dom Juan, qui peut laisser penser que la pièce finit bien et que le malfaiteur a été éliminé ce qui pourrait le réduire à un voyou, elle contribue encore à grandir le personnage à la démesure d'un démon ou d'un diable. D'autre part, on retrouve la notion de Michel Tourniern selon laquelle "le mythe est un rappel au désordre" : il a mis à mal l'ordre du mariage et la loi religieuse. De plus, ce personnage est hors du commun, au-dessus de l'ordinaire. Sganarelle est imménement pitoyable : il est préoccupé par ses gages et il est malheureux, il apparaît plus victime que Dom Juan, il est devenu aussi matérialiste que son maître, la médiocrité de ce personnage souligne la position supérieure de Dom Juan. La leçon est que le personnage de Dom Juan survit à sa mort. Il gagne sur le destin en se soumettant librement à la mort comme Antigone ou dipe.

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