Tout d'abord, un peu de vocabulaire :
Dans l'Antiquité, l'entité du chœur était beaucoup plus développée. Le chœur est un groupe de vieillards, souvent une cinquantaine, ils interviennent sous forme de chants et parfois, ils dansent en même temps, souvent, il alterne avec le coryphée, chef du chœur, ils peuvent dialoguer avec les personnages. Ils sont présents tout au long de l scène, lorsqu'ils n'interviennent pas, ils sont sur le côté et autrement, sur le devant de la scène.
Dans Antigone de Sophocle, le chœur est composé de 12 vieillards encore vigoureux. Antigone de Sophocle est plus conforme à la scène d'exposition que l'Antigone d'Anouilh. Dans cette scène, il nous présente la situation et en même temps, il commence à dresser les portraits opposés des deux sœurs. Il amorce le conflit entre Antigone et Ismène sous forme de stichomythies (ce sont des répliques brèves qui marquent le duel entre deux personnages).
Après l'entretien entre Antigone et Ismène, le chœur intervient par un chant, il dialogue avec le coryphée. C'est une partie presque poétique sans action. On chante la victoire. Ce chant est presque religieux. Le chœur annonce l'arrivée de Créon, le présente et a comme une vision intérieure qui éveille l'attention du spectateur.
Ensuite, on a un long monologue de Créon où il exprime sa décision de laisser Polynice. Le garde arrive après un autre dialogue du chœur. Il vient le prévenir qu'Antigone a recouvert le cadavre de Polynice. Dans sa tragédie, Sophocle s'intéresse au garde et à ses états d'âmes mais le langage du garde est plus soutenu que dans la pièce d'Anouilh. Il développe sa crainte qu'il a de lui apprendre cette nouvelle. C'est déjà l'occasion de montrer ce qu'est Créon.
Après ce dialogue, on a de nouveau le chœur qui intervient par un long monologue sur l'homme qui fait transition entre les deux dialogues entre Créon et le garde et celui entre le roi et Antigone. Le garde amène Antigone à Créon, on arrive au passage que nous allons étudier.
Sophocle vient plus rapidement à l'arrestation d'Antigone et il n'y a pas toutes ces tergiversations de Créon.
ÉTUDE DU TEXTE :
Le fait qu'Antigone soit de sa famille l'importe peu : "Qu'elle soit née de ma sœur, qu'elle soit encore plus proche de moi que tous ceux qui peuvent ici se réclamer du Zeus de notre maison, il n'importe" (Zeus représente le dieu tutélaire), elle subira "une mort infâme" avec sa sœur qu'il accuse "d'avoir été sa complice pour ensevelir le mort." Des termes le confirment : l'expression "cette fille" marque l'éloignement que Créon prend alors qu'Antigone est sa nièce, les expressions "Et toi" et "sache bien, toi" désignent du doigt Antigone.
Son autorité, régnant par une dictature, supérieure à toute loi, s'exprime dans l'expression "Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?". C'est un homme de force et de pouvoir, on le voit dans sa comparaison d'Antigone avec le fer ("Il en est pour elles comme pour le fer [...] plus aisément."), qui montre une présomption de Créon qu'il va faire céder Antigone qui paraît comme le fer mais qui peut-être vite briser. Il se présente comme celui qui est capable d'être extrêmement puissant.
En fait, il est comme touché au vif par ce qui semble à une montée d'Antigone. Sans vanter et ricaner, ça exprime qu'Antigone se comporte comme un homme supérieur à Créon. Créon ne supporte pas d'être mis en échec. Pour Créon, Antigone a déjà largement méritée la mort. La réponse "Non, on n'a pas le droit de faire le fier, lorsque l'on est aux mains des autres." montre qu'il ne supporte pas son obstination. Dans Antigone d'Anouilh, Créon fait tout son possible pour qu'Antigone reconnaisse qu'elle a tort.
Dans l'Antiquité, les lois divines sont surpuissantes : Si quelqu'un doit être enterré, il le sera.
Dans la pièce d'Anouilh, Antigone semble moins marquée par son passé. Elle dit que sa loi n'est pas une loi dictée par les dieux, ici, on note la présence d'une référence religieuse par la présence de Zeus et de la Justice : "Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamée ! ce n'est pas le Justice, assise aux côtés des dieux infernaux". Ces lois sont "inébranlables", elles sont "non écrites" donc elles datent de très longtemps.
Antigone ne pouvait pas faire autrement sous peine de subir la vengeance des Dieux. Elle montre que Créon est un impie qui ne respecte pas les Dieux, il est beaucoup plus noir que dans la pièce d'Anouilh. Quelquesoit l'attitude de Créon, elle ne cède pas, le poids de la fatalité et des Dieux est extrêmement fort. Le respect de l'amour fraternel s'inscrit dans les lois religieuses. L'expression "fils de ma mère" sacralise la mère et nous renvoie au mythe d'Oedipe, ce qui donne plus de force à son propos. Antigone a conscience d'être à part : "Je te parais sans doute agir comme une folle".
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